
Elena et Vladimir forment un couple d'un certain âge. Issus de milieux sociaux différents, ils ont chacun un enfant d'un précédent mariage. Le fils d'Elena, au chômage, ne parvient pas à subvenir aux besoins de sa propre famille et demande sans cesse de l'argent à sa mère. La fille de Vladimir est une jeune femme négligente qui maintient son père à distance. Suite à un malaise cardiaque, Vladimir réalise qu'il pourrait mourir prochainement. À la clinique, un moment bref mais tendre partagé avec sa fille le conduit à une décision importante : c'est elle qui héritera de toute sa fortune. De retour à la maison, Vladimir l'annonce à Elena...

Remarqué avec son premier film Le Retour, Lion d'or à Venise, puis avec Le Bannissement, le cinéaste russe Andrei Zviagintsev signe un opus saisissant, naviguant à ravir entre drame social et récit à suspens. Récompensé par le Prix spécial du jury dans la catégorie Un Certain Regard à Cannes en 2012, ce long métrage humble mais toujours percutant déploie avec rythme son scénario habile et non dénué d'ironie pour nous plonger corps et âme dans une intrigue haletante où s'entrechoquent avec fracas considérations morales et lourds enjeux sociaux. Venant parachever la réussite tant formelle que narrative de ce petit bijou de noirceur, l'interprétation impressionnante de la comédienne principale Nadezhda Markina se révèle époustouflante dans sa capacité à exprimer toute l'ambiguïté de son personnage. Elle nous entraîne ainsi irrémédiablement à sa suite dans une spirale infernale et un compte à rebours angoissant. Un conte noir et aiguisé comme un scalpel pour une métaphore frappante du désenchantement de la Russie contemporaine.