
Une cité dans l'agglomération lilloise, aujourd'hui. Ali, Nasser et Hamza, âgés d'une vingtaine d'années, font la connaissance de Djamel, dix ans de plus qu'eux. Aux yeux d'Ali et ses amis, Djamel apparaît comme un aîné aux propos acérés et au charisme certain. Habile manipulateur, il endoctrine peu à peu les trois garçons, connaissant mieux que quiconque leurs déceptions, leurs failles et leurs révoltes face à une société dans laquelle ils sont nés, mais dont aucun des trois ne pense plus désormais faire partie...

Après deux longs métrages tout en nuances, remarqués du public comme de la critique, le réalisateur Philippe Faucon a décidé de changer quelque peu son fusil d'épaule. Il livre un polar efficace qui entend bien démystifier l'aura fantasmatique du terrorisme islamique. Renouant avec l'économie et l'efficacité des séries B, le cinéaste empoigne à bras le corps un sujet pourtant ô combien épineux. Suivant à la trace la descente aux enfers de son antihéros ordinaire, campé avec maestria par le comédien Rashid Debbouze, La Désintégration retrace étape par étape le parcours implacable d'un jeune de banlieue qui, à l'issue de ses études, peine à trouver du travail, se décourage et se laisse embrigader dans une cellule islamiste radicale, jusqu'à perpétrer un attentat. Et c'est justement là que réside la principale réussite du film, dans cette façon unique qu'a trouvé le cinéaste de donner corps à sa démonstration, en brossant un portrait psychologique d'une précision quasi-chirurgicale. Un portrait où rien n'est laissé au hasard entre désillusions, pressions familiales et autodépréciation d'un héros peut-être plus victime de son lâcher-prise que de la violence sociale. Habité de bout en bout par une alchimie parfaite entre les comédiens et le réalisateur, La Désintégration navigue sans fausses manoeuvres entre film de gang, polar désespéré, drame social et tragédie brûlante sans jamais sacrifier ses préoccupations sociales à son efficacité et inversement. Une authentique perle noire du cinéma de genre.