
Un jeune camionneur se perd dans la campagne russe. Il croise un vétéran malheureux, une prostituée mineure, une étrange bohémienne, des policiers corrompus. Plus il tente de retrouver le chemin vers la civilisation, plus il découvre que la force et l'instinct de survie ont remplacé toute forme d'humanité.

Premier long métrage de fiction signé du documentariste Sergei Loznitsa, My Joy prend, pendant près de deux heures, le pouls d'un pays déshumanisé et en pleine confusion. Immersion sans concession dans un univers kafkaïen gouverné par la corruption, l'arbitraire, la violence et l'ivresse de la vodka, ce film peu aimable nous entraîne auprès de son héros camionneur sur les routes défoncées d'Ukraine, à la rencontre d'hommes et de femmes aussi paumés que lui. Et très vite, l'étau d'une réalisation aussi sobre qu'implacable se resserre autour du spectateur, ne lui laissant entrevoir aucune issue à ce road trip désespéré, qui a en fait tout d'une authentique errance. Résultat : une fable politique surréaliste, habitée de bout en bout par la prestation rare des comédiens Victor Nemets et Olga Shuvalova, qui portent sur leurs épaules cette saisissante parabole sur le devenir des pays d'Europe de l'Est. Un film intraitable, ambitieux et inventif.