
Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s'avère d'emblée très compliquée. A l'aube de ses 16 ans, il commet l'irréparable. Eva s'interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu'elle aurait pu ou peut-être dû faire.

En adaptant pour le grand écran le roman épistolaire de l'écrivain américain Lionel Shriver, la cinéaste Lynne Ramsay nous offre une vision terrifiante de la relation mère/enfant, et nous plonge sans ménagement dans les méandres d'un récit ô combien perturbant. Pour ce faire, la réalisatrice confronte l'excellente comédienne Tilda Swinton à un fils malade et incapable de se faire comprendre, en multipliant les non-dits et les lourds silences, pour mieux annoncer une tragédie imminente. Explorant ici tout en finesse les abîmes de perversité qui peuvent se cacher derrière l'apparence candide de l'enfance, Lynne Ramsay livre un récit haletant et construit en une succession de flash-back pour mieux distiller un suspense terrifiant autour du pouvoir de nuisance de cet inquiétant rejeton. Incarnant avec intelligence ce machiavélique gamin, les jeunes comédiens Jasper Newell puis Ezra Miller sont soutenus par la prestation au diapason des comédiens John C. Reilly et par une impressionnante Tilda Swinton, qui porte l'ambiguïté du film à des sommets. Irrémédiablement malsain, le ton de We Need to Talk About Kevin contraste sans cesse avec ses images d'une pureté cristalline, enchaînant ainsi les scènes chocs armé d'images saturées de couleurs, jusqu'à un terrifiant dénouement dont le malaise nous poursuivra longtemps. Une oeuvre aussi perturbante que maîtrisée, et qui a en plus du reste l'intelligence d'entretenir le doute sur l'origine du mal. Naît-on monstre ou le devient-on ?