
Portrait en creux de l'ère Berlusconi, Videocracy s'interroge sur le paysage audiovisuel italien des trente dernières années. Au cours de son enquête, le réalisateur Erik Gandini, d'origine transalpine, croise successivement un mécanicien qui rêve de devenir Jean-Claude Van Damme, l'influent Lele Mora, agent de starlettes et proche du Cavaliere, et Fabrizio Corona, chef d'une bande de paparazzis véreux. « Le pouvoir de la télévision en Italie est presque surnaturel », souligne Erik Gandini en racontant l'histoire « exemplaire » d'une potiche des plateaux devenue ministre de l'égalité des sexes.

L'Italie, démocratie européenne serait-elle devenue une vidéocratie ? A travers ce savant néologisme, le documentariste italien Erik Gandini s'interroge ici sur le pouvoir réel de l'image, au sein d'un pays gouverné depuis des décennies par un magnat des médias. Son objectif avoué, illustrer à quel point les chaînes privées de l'empire Berlusconi, celles-là mêmes qui ont permis son enrichissement et son accession au pouvoir, ont façonné les esprits de toute une nation à grand renfort de jeux télévisés glorifiant l'argent et la célébrité. Mais bien loin de l'austère enquête filmée, le réalisateur emprunte un chemin narratif des plus originaux, en nous offrant notamment une galerie de portraits aussi édifiants qu'emblématiques, pour illustrer à la perfection son autopsie de L'Italie moderne. Une satire salutaire sur l'empire de Silvio Berlusconi, dont les nombreuses implications n'ont pas fini de vous faire froid dans le dos.