
Indochine, 1931. Dans le Golfe du Siam, au bord de l'océan Pacifique, une mère survit tant bien que mal avec ses deux enfants, Joseph et Suzanne, qu'elle voit grandir et dont elle sait le départ inéluctable. Abusée par l'administration coloniale, elle a investi toutes ses économies dans une terre régulièrement inondée, donc incultivable. Se battant contre les bureaucrates corrompus qui l'ont escroquée, et qui menacent à présent de l'expulser, elle met toute son énergie dans un projet fou : construire un barrage contre la mer avec l'aide des paysans du village.

En réalisant Un barrage contre le Pacifique, le cinéaste cambodgien Rithy Panh adapte un roman de Marguerite Duras. Le réalisateur qui s'était préalablement illustré à travers ses documentaires, livre ici un film modeste, sans exotisme clinquant, qui conserve intacte l'esthétique et le mode narratif du documentaire. Mené par les comédiens Gaspard Ulliel, Isabelle Huppert et la révélation du film Astrid Bergès-Frisbey, et tourné sur les lieux mêmes de l'histoire originale, Un barrage contre le Pacifique s'intéresse de près au sort des paysans autochtones et au délitement de la cellule familiale pour mieux exprimer son propos anticolonialiste, déjà sous-jacent dans l'oeuvre de Marguerite Duras. Un film rare pour un drame tourmenté et passionnant.