
Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C'est une femme excentrique pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence, arborant des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives. Le hasard l'amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois dans sa vie, à écrire un poème. Elle cherche la beauté dans son environnement habituel, auquel elle n'a pas prêté une attention particulière jusque-là. Elle a l'impression de découvrir pour la première fois les choses qu'elle a toujours vues, et cela la stimule. Cependant, survient un événement inattendu qui lui fait réaliser que la vie n'est pas aussi belle qu'elle le pensait.

Oeuvre d'un homme de lettres et de culture, Poetry est un voyage dans l'univers de Mija, une sexagénaire excentrique soudain confrontée aux drames de l'existence. Mais loin de traiter cette situation dramatique avec un pathos trop souvent de rigueur, le réalisateur coréen Lee Chang-dong préfère ici solliciter généreusement l'imagination de ses spectateurs. A travers un personnage truculent, professeur de poésie et véritable alter ego du cinéaste, Lee Chang-dong distille autant de séquences oniriques qui construisent touches après touches une émouvante parabole. Toujours habité par la performance rare de l'actrice Yun Jung-hee, une authentique légende du cinéma coréen, Poetry révèle ainsi la beauté de toute chose, illustrant visuellement la magie de la poésie, cet art subtil qui a tout d'un ultime refuge contre les agressions du monde. Un film grandiose à la grâce lancinante et diffuse qui pose du bout des lèvres cette question ouverte : Qu'est-ce que le cinéma ?