
Paris, 1987. Alors que débute le procès de Klaus Barbie, retransmis en direct à la télévision, Victor, entouré de documents, tente de découvrir la vérité à propos de son passé familial. De son côté, Rivka, sa mère, s'active à préparer un repas. Lors du dîner, Victor tente de faire parler sa mère qui s'y refuse. Elle fait mine de ne rien entendre ou change de conversation, veut finir tranquillement sa vie, au milieu d'objets et de souvenirs, entourée de ses enfants et petits-enfants. Son attitude ne fait que renforcer l'agitation de Victor, soutenu par sa femme Françoise dans cette reconquête de la mémoire familiale...

Très apprécié dans l'Hexagone, le réalisateur israélien Amos Gitaï, pour son premier long métrage 100 % français, s'attaque au sujet sensible de la Shoah en adaptant le récit autobiographique de Jérôme Clément (président de la chaîne Arte). Voyant son film comme une sorte de psychanalyse collective, un moyen de toucher des nerfs encore à vif, le cinéaste signe une oeuvre poignante sur la reconstruction d'une famille confrontée à un passé douloureux. Ainsi, au-delà de l'évocation de la Shoah, le film reflète l'universalité des rapports mère-fils et livre une réflexion subtile sur la mémoire, portée par l'interprétation sans faille des acteurs Jeanne Moreau et Hippolyte Girardot, ici épaulés par Emmanuelle Devos et Dominique Blanc. Tout en intériorité, pleine d'ellipses significatives et de non-dits parlants, cette parabole entre secret de famille et déni d'Etat traite avec pudeur de thèmes graves et délicats. On en ressort bouleversé.