
C'est l'histoire d'un film en train de se faire. Vincent Lindon et Alain Cavalier, buvant du Bordeaux dans un bar d'hôtel, se demandent quel film ils peuvent faire ensemble. Les deux amis s'improvisent hommes politiques : Cavalier sera président, Lindon premier ministre. Par un jeu de rôle habile et jubilatoire, mêlant intime et politique, réel et fiction, ils pénètrent à l'intérieur du pouvoir et découvrent qu'ils sont autres que ce qu'ils croyaient être.

Depuis 1972 et son long métrage Ce répondeur ne prend pas de messages, Alain Cavalier est un réalisateur qui a fait de l'autobiographie son champ d'exploration cinématographique favori. Resté éloigné des écrans depuis son remarqué Thérèse, le cinéaste a quitté les habits du metteur en scène classique pour inventer son propre mode de tournage grâce à la vidéo. Revenu à la réalisation armé de deux caméras HD, il signe avec Pater un grand film politique qui, en entremêlant sans cesse réalité et fiction, révèle d'une manière naturelle et osée les us et coutumes d'un monde habituellement clos. Pour l'occasion, Alain Cavalier, l'acteur, repasse devant la caméra afin de camper un saisissant Président de la République et propose au comédien Vincent Lindon de devenir son Premier ministre. Son objectif affiché : mêler ce récit fictionnel à une sorte de making-of de sa collaboration avec l'acteur principal, pour mieux nous raconter, à cheval entre ces deux dimensions, les relations aussi fortes qu'ambigües unissant deux hommes de pouvoir. Alain Cavalier tisse ici au fil des plans une utopie jubilatoire et qui sans avoir l'air d'y toucher illustre, avec une grâce absolue, le temps qui fuit ou les liens qui se dénouent entre les hommes. Un grand film politique, aussi décalé que bouleversant.