
Au cinquième jour de la sanglante bataille d'Iwo Jima, cinq Marines et un infirmier de la Navy hissent ensemble le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi, tout juste repris aux Japonais. L'image de ces hommes unis face à l'adversité devient légendaire en l'espace de quelques jours. Elle captive le peuple américain, las d'une guerre interminable, et lui donne des motifs d'espérer. Pour mettre à profit cet engouement, les trois "porte-drapeaux" sont livrés à l'admiration des foules. Leur nouvelle mission : servir leur pays en vendant les précieux Bons qui financent l'effort de guerre. Le laconique John "Doc" Bradley, le timide Amérindien Ira Hayes et le fringant Rene Gagnon se prêtent au jeu avec un dévouement exemplaire. Ils sillonnent sans relâche le pays et serrent des milliers de mains. Mais, en leur for intérieur, une autre bataille se livre.

Vingt-huitième long métrage du réalisateur Clint Eastwood, ce premier volet d'un diptyque confrontant la vision japonaise et américaine sur le conflit du Pacifique, part d'une photo mythique prise en février 1945 pour s'intéresser à tous les mécanismes de la propagande de guerre. Suivant trois célèbres survivants, admirablement campés par les comédiens Ryan Phillippe, Jesse Bradford et Paul Walker, le long métrage se concentre sur la médiatisation du conflit du Pacifique tout en décortiquant le mythe pour nous proposer une immersion étonnante dans l'envers du décor. Une problématique qui entraîne le spectateur loin de la fureur des combats, époustouflants de réalisme lors de la première heure du récit, pour un decrescendo dans le spectaculaire assumé qui vient appuyer un peu plus cet hommage sincère rendu aux hommes, à leur engagement et à leur sacrifice. Une habile déconstruction du genre qui tisse avec force une saisissante réflexion sur le pouvoir des images et donc d'Hollywood.