
Sebastian, jeune réalisateur passionné et son producteur arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d'un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l'un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l'accès à l'eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d'un peuple démuni ; ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Ce combat pour la justice va bouleverser leur existence.

Ambitieux dans son écriture comme dans sa mise en scène, ce quatrième long métrage de la réalisatrice espagnole Iciar Bollain relève brillement le défi de mêler en un seul film : le récit d'un tournage dans des conditions précaires, l'arrivée du navigateur Christophe Colomb, ainsi que la révolte de l'eau qui a secoué la Colombie il y a une dizaine d'années. Trois strates distinctes qui fonctionnent ici pourtant de concert et qui, parfois même, se répondent avec pertinence au sein d'une intrigue virtuose tressée par Paul Laverty, le scénariste attitré du cinéaste Ken Loach. Porté par l'interprétation de ses comédiens exceptionnels, Gael García Bernal, Carlos Aduviri et Luis Tosar en tête, sans cesse dynamité par une mise en scène tout à la fois fiévreuse et maîtrisée, Même la pluie réunit tous les éléments d'une fabuleuse alchimie cinématographique, gagnant à chaque plan en intensité jusqu'à son climax final. Une oeuvre aussi engagée qu'aboutie et un vibrant réquisitoire en faveur d'un cinéma équitable.