
Martin, manutentionnaire qui prend des leçons de chant pour devenir chanteur d'opéra, rencontre Léa, jeune femme entretenue par Lucien, qu'elle pourvoit en jeunes filles. Ils s'aiment. Mais Martin a du mal à accepter les activités de Léa et se révolte contre Lucien.

En nous livrant l'haletante histoire d'une jeune maquerelle eurasienne, ce long métrage entièrement tourné en intérieurs et en fascinants plans-séquences nous permet de renouer frontalement avec un thème récurrent si ce n'est obsessionnel chez le réalisateur Alain Cavalier : celui du triangle amoureux. Intimement mêlé au thème de la claustration, il constitue ici un véritable dispositif narratif, permettant au cinéaste d'enfermer ses personnages au propre comme au figuré. Mais par-delà cet haletant huis-clos, intensément habités par les comédiens Richard Bohringer, Isabelle Hô et Xavier Saint-Macary, le cinéaste ne convoque cette ronde infernale que pour mieux tisser en sous-texte une vertigineuse réflexion sur les pouvoirs comparés de l'amour et de l'argent. Et là où bon nombre de réalisateurs des années 70 répondaient tous au diapason de l'amour triomphant, Alain Cavalier ne craint pas pour sa part de prendre le total contre-pied de son époque, en affirmant au fil des plans la toute puissance de l'argent. Une oeuvre saisissante, dont la mise en scène sèche et précise nous maintiendra sans cesse sous pression. Et ce, de sa séquence d'ouverture jusqu'à sa surprenante conclusion.