
Antoine Rives, journaliste indépendant, tourne un reportage sur les rapatriés du Rwanda. Il rencontre alors Clément, étudiant rwandais d'origine hutue dont la fiancée tutsie, Alice, a disparu. Antoine le convainc de repartir avec lui au Rwanda à la recherche d'Alice, et de le laisser filmer son périple. Un pacte qui s'avère très vite intenable face au chaos dans lequel ils vont se trouver plongés. Une traversée de l'horreur dans laquelle Antoine perd ses illusions sur son métier de journaliste et se demande jusqu'à quel point il peut filmer et exposer la tragédie humaine au reste du monde.

Après son excellent documentaire Kigali, des images contre un massacre, le journaliste et cinéaste Jean-Christophe Klotz pousse un peu plus ici sa réflexion politique et médiatique sur le génocide rwandais, déjà presque tombé dans l'oubli. Après l'approche journalistique et celle du documentaire, la fiction s'impose donc comme le stade ultime du processus de mémoire, élargissant les perspectives narratives et permettant un long métrage intime, toujours au plus près du quotidien de ce reporter aussi déterminé qu'inconscient. Littéralement habité par la performance des comédiens Cyril Guei, Jean-François Stévenin et Jalil Lespert, Lignes de front soulève sans fausse pudeur la question de l'impuissance du témoignage face à de tels événements, mais insiste également sur la responsabilité du spectateur qui ne veux plus les voir. Une oeuvre déchirante et une exploration sans concession de l'indifférence polie de nos sociétés surmédiatisées.