
Bruno Bonomo est un producteur en faillite professionnelle et sentimentale. Il lutte à sa manière contre la "dictature" du cinéma d'auteur en réalisant des films de série Z aux titres évocateurs. N'arrivant pas à financer sa nouvelle superproduction fauchée, Le Retour de Christophe Colomb, empêtré dans ses dettes, Bruno perd pied. Son chemin va croiser celui d'une jeune réalisatrice qui lui apporte un scénario, Le Caïman. Il croit d'abord à un thriller politique un peu musclé, mais s'aperçoit après une lecture plus sérieuse qu'il s'agit d'une biographie de Berlusconi.

Cinq ans après sa Palme d'Or à Cannes pour La Chambre du fils, le cinéaste engagé Nanni Moretti met en scène le portrait d'un homme pris dans la tourmente, métaphore explicite d'une Italie en crise. Intelligente mise en abyme et attaque en règle contre le système de Silvio Berlusconi, Le Caïman s'intéresse donc de près à ce fameux peuple sur lequel le « Cavaliere » ne cesse de s'appuyer pour légitimer ses manoeuvres politiques. La dimension intimiste du récit sert ainsi de tremplin à une diatribe politique sans concession qui dénonce pratiques frauduleuses et manipulations médiatiques d'une démocratie en plein marasme. Mais par-delà la politique, ce long métrage de Nanni Moretti livre aussi un hommage virtuose et sincère au cinéma, doublé d'une réflexion touchante sur l'art et son pouvoir. Un film d'une justesse rare et qui ne mâche pas ses mots.