
Edouard Vuibert est au bout du rouleau. Victor Benzakem, entrepreneur prospère du quartier du Sentier, le prend sous son aile quand une bagarre l'oppose à deux joueurs de bonneteau. Le prenant pour un juif, il décide de l'embaucher comme manutentionnaire. Eddie laisse le quiproquo s'installer sur ses origines et il va faire son chemin dans une communauté chaleureuse jusqu'à séduire Sandra, la fille de son patron. Mais au cours de la préparation du mariage, Eddie se démasque involontairement. Il n'est pas juif ! Il déchaine alors le scandale et la colère de la belle Sandra.

Après avoir exploré à l'écran la communauté des africains de Paris avec le réjouissant Black Mic-Mac puis la banlieue avec son long métrage Raï, le réalisateur Thomas Gilou s'attaquait ici, armé d'un humour féroce, au petit monde très fermé du Sentier. Largement plébiscitée par le public avec plus de cinq millions d'entrées en salles, cette incursion réussie nous narre, avec un rythme effréné, le parcours d'un entrepreneur textile goy, perdu au beau milieu d'un univers juif dont il ne maîtrise pas les codes. Jouant ainsi merveilleusement avec les clichés sans pour autant sombrer dans la caricature, Thomas Gilou invite face à sa caméra un réjouissant casting choral, responsable pour beaucoup de la franche réussite du film. En tête, les comédiens Richard Anconina, Elie Kakou, José Garcia, Bruno Solo, Vincent Elbaz et l'impeccable Gilbert Melki s'en donnent ainsi à coeur joie, échangeant avec une évidente complicité des répliques désormais cultissimes. Le tout au service d'un scénario hilarant, qui de quiproquos en rebondissements ne ménage jamais nos zygomatiques. Alors ne boudez plus votre plaisir et pénétrez sans plus attendre les arcanes du Sentier avec cette oeuvre totalement culte qu'on ne se lasse pas de voir et de revoir.