
Cela se passe de nos jours dans un petit village, quelque part entre l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les femmes vont chercher l'eau à la source, en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, et ce depuis la nuit des temps. Leila, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l'amour : plus de câlins, plus de sexe tant que les hommes n'apportent pas l'eau au village.

En mai 2011, La Source des femmes du cinéaste roumain Radu Mihaileanu enflammait le Festival de Cannes. Pour son quatrième film, tourné dans le décor unique d'un village rattaché à nul pays, le réalisateur a choisi la forme narrative de la fable universelle, seul moyen d'embrasser à la fois la portée dramatique de son sujet comme le potentiel comique de cet imbroglio villageois. Un choix qui lui permet d'aborder son sujet avec légèreté, en déployant des trésors d'imagination et de drôlerie pour mieux évoquer les souffrances de ces femmes et dresser ainsi un véritable constat social d'une criante vérité. Enlisement dans des traditions dépassées, place de la femme ou port du voile, autant de sujets d'une brûlante actualité qui seront ici évoqués par le prisme de l'humour, le plus pacifique des vecteurs. Mais la réussite de ce conte moderne ne serait rien sans le talent partagé de son casting choral, en tête duquel s'illustrent notamment les comédiennes Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Biyouna, Sabrina Ouazani ou Hiam Abbass toutes saisissantes de justesse comme de naturel. Sans pathos, sans manichéisme, le cinéaste réussit ainsi pleinement son pari, celui d'un film féministe extrêmement bien ficelé et d'une renversante beauté, où la musique joue un personnage à part entière et où la lumière inonde chaque plan.