
On dit d'un nombre qu'il est premier lorsqu'il n'est divisible que par 1 ou par lui-même. Alice et Mattia, solitaires et inadaptés, tels des nombres premiers, sont tous deux hantés par des événements tragiques survenus durant leur enfance. Ils se rencontrent au collège, se reconnaissent et construisent alors ensemble un équilibre fragile avant de prendre des chemins différents. Des années plus tard, Alice et Mattia portent encore les cicatrices de ce passé qui les a maintenus en marge de la vie. Alice s'est réfugiée dans l'exercice de la photographie ; Mattia a fait de sa passion des mathématiques son métier. Mais leurs destinées semblent cependant irrévocablement liées...

Adaptation magistrale du best-seller de l'écrivain italien Paolo Giordano, La Solitude des nombres premiers met en scène les destins croisés d'un homme/garçon et d'une femme/enfant aux capacités intellectuelles exceptionnelles, mais tous deux marqués par un traumatisme structurel. Et pour sa transposition à l'écran, cette histoire d'amour opère une saisissante métamorphose, en se muant sous l'impulsion du cinéaste Saverio Costanzo en un hypnotique polar horrifique dans la droite lignée des films de Dario Argento. Reprenant ici habilement les codes du Giallo, le réalisateur tisse une étude psychologique aussi hors normes que passionnante et qui, sans jamais sombrer dans le grand-guignolesque, nous procurera son lot de sueurs froides. Car du cinéma d'horreur dont il s'inspire ouvertement, La Solitude des nombres premiers a su en conserver l'essentiel, à savoir une cruauté affichée, une certaine tendance au fétichisme et une tension omniprésente. Le tout, conjugué au jeu à fleur de peau des comédiens Alba Rohrwacher, Luca Marinelli, Martina Albano et Isabella Rossellini, constitue l'écrin idéal pour ce drame maniant en virtuose les époques et les personnages.