
Nicola a 35 ans. Il est né dans les années 60, les fabuleuses années 60. Depuis toutes ces années, il vit dans un asile tenu par des religieuses. Le monde qu'il y perçoit n'est pas très différent de la réalité à l'extérieur. Dans son cerveau disloqué, la réalité et la fiction entrent en collision et génèrent des illuminations imprévisibles...

Premier long métrage de fiction de l'acteur, réalisateur et dramaturge italien Ascanio Celestini, La Pecora nera permet à ce méconnu touche-à-tout de nous offrir une petite perle d'écriture sur la lente dislocation d'un esprit sain. Transposition virtuose d'un récit qui accompagne le comédien sur scène depuis des années, cette nouvelle aventure cinématographique nous invite dans la tête d'un inadapté et au coeur de l'institution psychiatrique, tantôt présentée comme une prison ou un refuge, un lieu d'angoisse ou d'espoir. Parfait dans la peau de cet homme effrayé par le monde extérieur, Ascanio Celestini se voit toujours soutenu dans son interprétation par les comédiens Giorgio Tirabassi, Maya Sansa et Luisa De Santis, qui campent ici à merveille une galerie de personnages fragiles et picaresques. Rythmé par la petite voix omniprésente de ce doux dingue et par son rapport poétique à l'existence, ce conte contemporain mêle à ravir, et comme seuls les Italiens savent le faire, la verve et la mélancolie. Une fable tragi-comique réussie et qui laisse en suspens cette question fascinante : vit-on parmi les fous ordinaires ou chez les idiots bienheureux ?