
Enzo a passé la moitié de sa vie derrière les barreaux d'une prison. Multirécidiviste, le gangster Sicilien y a pourtant trouvé l'amour, et une forme de salut, grâce à la poésie. C'est son portrait que dessine Pietro Marcello, restitué par bribes, comme autant de morceaux d'une vie brisée, et celui de cette population marginale des quartiers Génois de Croce Bianca, Via Prè, Sottoripa, dédale de ruelles coupe-gorge. C'est aussi le récit d'une histoire d'amour hors du commun, nourrie de la longue attente d'un paradis simple où l'on peut enfin vivre ses moments perdus.

Avec La Bocca del Lupo, le réalisateur Pietro Marcello confirme de façon éclatante que c'est par le documentaire que le cinéma italien, moribond depuis quelques années, est en train de renaître avec fracas. Mais plutôt qu'une écriture strictement documentaire, le cinéaste tisse ici un espace hybride, où la frontière entre reportage et fiction s'estompe. Récompensé au dernier festival Cinéma du réel, ce long métrage dresse une peinture à la fois hyperréaliste et impressionniste de Gênes, cité portuaire jadis superbe mais étouffant aujourd'hui sous la rouille de ses docks abandonnés. En un peu plus d'une heure, le cinéaste livre ainsi avec pudeur un récit de vies cabossées, construit comme un dédale foisonnant et poétique qui se confond bien souvent avec celui de cette ville labyrinthique. Mélo-documentaire saisissant, à mille lieux du racolage et de la complaisance, La Bocca del Lupo creuse donc l'intime pour mieux dépeindre l'universel. Un véritable miracle cinématographique qui pourrait bien être l'une des plus belles histoires d'amour que vous verrez au cinéma.