
Tokyo, fin des années 60. Kizuki, le meilleur ami de Watanabe, s'est suicidé. Watanabe quitte alors Kobe et s'installe à Tokyo pour commencer ses études universitaires. Alors qu'un peu partout, les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est, elle aussi, bouleversée quand il retrouve Naoko, ancienne petite amie de Kizuki. Fragile et repliée sur elle-même, Naoko n'a pas encore surmonté la mort de Kizuki. Watanabe et Naoko passent les dimanches ensemble et le soir de l'anniversaire des 20 ans de Naoko, ils font l'amour. Mais le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces. Watanabe semble alors mettre sa vie en suspension depuis la perte inexplicable de ce premier amour. Lorsqu'enfin il reçoit une lettre de Naoko, il vient à peine de rencontrer Midori, belle, drôle et vive qui ne demande qu'à lui offrir son amour.

Depuis ses débuts avec le remarqué long métrage L'Odeur de la papaye verte, le cinéaste Tran Anh Hung restait auréolé d'une réputation de formaliste talentueux, privilégiant avant tout la beauté plastique de ses longs métrages. Mais c'était sans compter sur son adaptation cinématographique virtuose du best-seller éponyme de Huraki Murakami qui, aux antipodes des chroniques estudiantines acidulées, lui permet de signer un film où le soin esthétique est totalement indissociable des enjeux scénaristiques. Faisant ainsi mentir ses détracteurs avec une délicatesse qui n'a d'égal que son intensité, le réalisateur vietnamien nous livre ici une histoire d'amour plurielle, dans laquelle le désir, la sexualité et les pulsions autodestructrices occupent le premier comme l'arrière plan du récit. Aucune complaisance ni mièvrerie, habité de bout en bout par la prestation impeccable de ses comédiens Kenichi Matsuyama, Rinko Kikuchi et Kiko Mizuhara, La Ballade de l'impossible déploie ainsi au fil d'une mise en scène hypnotique une exigence de chaque plan. Et ce, pour mieux nous faire partager les sentiments de ses protagonistes, rongés par l'urgence ou submergés par la mélancolie. Une oeuvre somptueuse aussi sensible que subtilement corsée.