
En 1941, la concession internationale de Shanghai semble ignorer tout de l'occupation japonaise du reste du pays. James Graham, jeune fils d'un industriel britannique, y vit une existence protégée et pleine d'aventures imaginaires. Mais l'attaque de Pearl Harbour marque la fin de cet état de grâce, et James se retrouve séparé de sa famille. Condamné au statut d'errant, il se retrouve finalement emprisonné dans un univers pénitentiaire où il doit apprendre à survivre...

Film injustement méconnu du réalisateur Steven Spielberg adapté d'un récit autobiographique de l'auteur J.G. Ballard, L'Empire du Soleil décrit dans le contexte troublé de la Seconde Guerre mondiale le deuil de l'enfance. On sait la thématique particulièrement chère au réalisateur de E.T., celle-ci revenant tel un mantra dans un corpus incroyablement dense, virtuose et protéiforme. Cette fois-ci seulement, le cinéaste abandonne le traitement métaphorique ou fabuleux pour une vision plus frontale de ce déchirement. La réalité de la transition sera donc donnée à voir de façon crue, sombre, d'autant plus violente que la guerre arrache le personnage principal à son paradis terrestre. Cette innocence cernée de toutes parts prend ici les traits adolescents du jeune Christian Bale (Batman Begins, American Psycho), dont on sent déjà sous son visage à la candeur inquiète poindre le potentiel de l'acteur en devenir. Misant sur l'émotion pure et la beauté d'images mémorables, Spielberg réussit une oeuvre aussi viscéralement puissante que visuellement inoubliable.