
Cabochard, amateur de femmes et de boissons fortes, Steve Everett, grand reporter qui avoue son penchant immodéré pour les sujets chocs, finit par se faire licencier du New York Time. Il échoue sur la côte Ouest à l'Oakland Tribune. Là il est chargé de reprendre une enquête interrompue après la mort accidentelle d'une jeune collègue. Cette dernière était chargée de couvrir l'exécution d'un criminel noir, Frank Beechum, condamné pour le meurtre d'une caissière. Très vite, Everett nourrit de sérieux doutes quant à la culpabilité de Beechum, qui doit être exécuté à minuit.

Sur la trame sans faille d'un thriller, genre éminemment créateur de suspense, l'acteur et réalisateur Clint Eastwood opte pour un total contre-pied, et signe un magnifique mélodrame doublé d'un implacable réquisitoire contre la peine de mort. Faisant preuve d'une maîtrise évidente à la mise en scène, le cinéaste s'amuse ici à briser le rythme de son intrigue, musardant à sa périphérie ou dilatant certaines séquences, pour mieux prendre le temps d'éreinter la presse, de railler la religion ou encore de pointer l'indifférence vis-à-vis des laissés-pour-compte. Portrait d'un homme largué qui entame sa dernière croisade, Jugé coupable permet ainsi à Clint Eastwood de livrer l'une de ses plus divertissantes interprétations en tant qu'acteur, soutenu par la présence au casting des comédiens Diane Verona, Bernard Hill ou encore Lucy Liu. Entre suspens, autoportrait ironique et vrai sujet de société, ce vingt et unième opus savamment équilibré prouve donc, si c'était encore nécessaire, que le réalisateur Clint Eastwood a définitivement sa place parmi les plus grands.