
Pierrot, la trentaine, garagiste féru de musique classique, est un personnage dans sa ruelle du Kremlin-Bicêtre. Hâbleur et beau gosse, ce Casanova n'a aucune difficulté pour conquérir les femmes de son quartier. Mais voilà qu'un soir, alors qu'il assiste à un concert où l'on donne le « Requiem » de Fauré, il tombe subitement sous le charme de Jeanne-Michèle, une pharmacienne de 50 ans. Il s'empresse de la séduire, mais elle se refuse opiniâtrement à lui : d'une autre classe sociale et farouchement indépendante, elle ne s'en laisse pas compter. Pierrot, décontenancé par cet échec, ne va pas moins tout tenter pour conquérir celle qu'il aime...

Dérision, gaieté, tragédie, passion dévorante, désespoir, bonne humeur et bon sens populaire : telles sont les cartes que le metteur en scène Paul Vecchiali distribue dans Corps à coeur. Il dresse un tableau touchant et fort d'une passion tumultueuse et chaotique, qui viendra à bout de tous les obstacles, sauf bien sûr de la mort, contre laquelle nul ne peut rien. Le mélodrame, source d'inspiration avouée du film, éclate donc à chaque plan, même si çà et là les épisodes humoristiques et les clins d'oeil narquois pointent le bout de leur nez. C'est l'occasion pour Paul Vecchiali de dépeindre l'univers populaire de la ruelle dans un style qui n'est pas sans évoquer certaines séquences de Mon Oncle de Jacques Tati, restituant la facette gouailleuse et joviale de tous ces personnages secondaires typés et attachants. Une sorte de respiration au sein d'un récit émouvant qui prend souvent le parti de subvertir les règles du mélo sans jamais pour autant s'en moquer ou les parodier. C'est d'ailleurs tout l'art de Vecchiali que d'inscrire ses films dans la dialectique du cinéma français en les nourrissant des thèmes et des auteurs qui lui sont chers afin d'entériner une critique esthétique et sémantique sagace du paysage cinématographique passé et contemporain.