
A 24 ans, Jack sort de prison où il a passé toute son adolescence pour un meurtre qu'il a commis lorsqu'il était enfant. Dès sa libération, Terry, assistant social, l'emmène le plus loin possible de ce scandale encore présent dans tous les esprits. Terry lui donne un autre nom, lui trouve un travail, une maison. A Manchester, Jack se construit une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. Mais si l'anonymat est un répit, il est aussi une douloureuse contrainte : Jack ne peut révéler à personne la vraie nature de son passé. Jusqu'au jour où, par hasard, il devient un héros local et que sa photo apparaît à la Une des quotidiens...

Adaptation virtuose d'un roman de l'écrivain Jonathan Trigell, Boy A, plusieurs fois récompensé dans les festivals, se concentre sur la sortie de prison et la lente réinsertion d'un jeune homme toujours prisonnier du silence. Le comédien Andrew Garfield campe avec un abandon impressionnant ce jeune homme rongé par sa part d'ombre, habitant en permanence le long métrage par sa prestation sur le fil du rasoir. Mettant ici en perspective la difficile question de la seconde chance et de la rédemption, le réalisateur John Crowley signe un film loin de toute considération morale, dressant avant tout le portrait intense d'un individu qui s'est coupé du monde. Un isolement que le cinéaste exprime par une mise en scène délicate, allant jusqu'à construire une réalité étrangement atténuée, tout en ombres et en contrechamps floutés, pour mieux figurer cette perte des repères. Une oeuvre poignante dont l'interprétation époustouflante et la mise en scène maîtrisée favorisent l'émotion pour mieux éviter l'écueil démonstratif du film à thèses. Une franche réussite.