
Espagne, pendant la guerre civile, un clown est contraint de combattre avec l'armée. Emprisonné puis tué, il laisse un fils, Javier. Celui-ci devient à son tour clown dans les années 70. Un clown triste. Il est alors embauché dans un cirque où il tombe amoureux de la compagne de son chef. Une sombre rivalité s'installe alors entre les deux hommes...

Après une parenthèse anglaise pour son thriller Crimes à Oxford, le plus déjanté des réalisateurs espagnols, Álex de la Iglesia, fait un retour fracassant avec une oeuvre cruelle et baroque d'une originalité débordante. Un conte poétique et tragique mêlant romance passionnée, univers bigarré du cirque et drame de la guerre civile espagnole, qui explore avec une audace rare les thèmes de l'abandon et de la folie. En totale roue libre, l'auteur du Crime farpait nous offre sur un plateau sanglant une nouvelle peinture au vitriol de la nature humaine, se servant de la petite histoire pour raconter la grande dans un film truffé de références et de symboles. Ici, le gore grand-guignolesque le dispute à l'humour noir, la méchanceté à l'absurdité, et les sentiments exacerbés des personnages déteignent sur une mise en scène flamboyante pour un spectacle corrosif, excessif et sauvagement jouissif. Avec sa photographie léchée aux images surréalistes, ses acteurs à vif et ses dialogues cinglants, Balada Triste se présente comme un électrochoc sensitif particulièrement poignant. Et permet au génial Álex de la Iglesia, récompensé par le Lion d'argent du Meilleur réalisateur et le prix du Meilleur scénario au Festival de Venise 2010, de démontrer son mépris total des conventions et de la bonne morale avec ce qui pourrait bien être son chef-d'oeuvre.