
Ana est confrontée au corps et au désir à trois moments clefs de sa vie. Sa quête charnelle voyage entre réalité et fantasmes colorés qui deviennent de plus en plus oppressants. Une main gantée de dentelle noire l'empêche de crier. Le vent soulève sa robe et caresse ses cuisses. Une lame de rasoir effleure son corps. Trouvera-t-elle le plaisir au bout de son parcours chaotique et carnassier ?

Le fantastique et l'érotisme ont ceci de commun qu'ils placent le corps au coeur de leurs préoccupations. En réalisant Amer, les deux cinéastes belges Hélène Cattet et Bruno Forzani poussent cette idée à l'extrême, en associant les deux genres dans une oeuvre hors-normes. Objet filmique non identifié, Amer emprunte ses situations, ses jeux de caméra et sa musique au genre très codifié du giallo italien, rappelant par ses couleurs vives, ses mises au point imparfaites ou encore ses split screens, les meilleurs délires horrifiques du maître Dario Argento. Apologie du désir, Amer retrace le parcours sensoriel d'Anna, de son enfance à sa vie de femme, incarnée tour à tour avec une égale intensité par les actrices Cassandra Forêt, Charlotte Eugène-Guibbaud et Marie Bos. Cet exercice de style nourri de symboles n'est pas accessible à tous mais rappelle que l'inconscient n'est pas toujours propre et qu'un film peut en dire plus par son cadre, ses couleurs et sa bande-son que par son scénario. Pour ceux qui ne connaissaient pas encore le genre, voici une occasion rêvée de s'initier à un cinéma différent.