
Abel, 9 ans, ne parle plus depuis que son père a quitté la maison. Un beau jour il retrouve la parole, et se prend pour le chef de famille. Devant ce miracle, nul ne proteste, et tout se passe bien. Jusqu'au jour où un homme sonne à la porte : son père...

Avec Abel, le comédien et désormais réalisateur Diego Luna signe son premier long métrage de fiction. Tendre ballade sur une enfance perdue et portrait singulier d'une famille désaxée, ce film, armé d'un scénario excessivement bien ficelé, revisite avec une liberté de ton réjouissante rien de moins que le complexe oedipien. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'avec sa galerie de personnages fouillés, ses jeunes comédiens d'un naturel surprenant et une succession de rebondissements toujours bien maîtrisés, Abel n'a de cesse de surprendre tant il ne dévie jamais de l'étrange voie qu'il s'est fixée. Ce délire cinématographique virera-t-il au sordide ? Jamais, car Diego Luna habille son film de tendresse, d'humour et de poésie, naviguant avec sobriété sur les ondes du tabou sans jamais boire la tasse. Toujours filmé à hauteur d'enfant, ce premier film sensible et concis revisite ainsi le complexe d'Oedipe avec drôlerie, révélant une rare modestie et une grande humanité dont on aurait tort de se priver. Une oeuvre pudique et terriblement attachante.