
Une petite ville de province roumaine s'apprête à fêter Noël seize ans après la Révolution. C'est la période que Virgil Jderescu, patron de la télévision locale, choisit pour confronter ses concitoyens à leur propre histoire. Aidé de ses deux amis, Piscoci, vieux retraité solitaire, et Manescu, professeur d'histoire criblé de dettes, il organise un débat télévisé qui a pour ambition de répondre à la question qui le préoccupe depuis longtemps : leur ville a-t-elle réellement participé à la révolution ?

Pour son premier long métrage d'une drôlerie rare, Caméra d'or au Festival de Cannes 2006, le très prometteur réalisateur roumain Corneliu Porumboiu s'interroge sur l'histoire récente de son pays. Il se demande si la révolution de 1989 qui vit la fin du régime Ceausescu a bien eu lieu, en quoi elle a concerné le peuple et ce qu'elle a bien pu changer. Après une première partie montrant la misère sociale dans laquelle vivent ses personnages, tous très attachants, le cinéaste entre dans le vif du sujet : il confronte plusieurs versions de ce qui s'est passé et essaie de trouver un semblant de vérité dans cette vaste mascarade montée en épingle par les médias. Dans 12h08 à l'est de Bucarest, jolie satire du désenchantement postcommuniste, ce sont donc les souvenirs et les points de vue de chacun qui font l'Histoire. Ou la refont. Abordant des sujets graves avec un humour dévastateur, Corneliu Porumboiu manie le grotesque et la farce avec délectation dans une comédie politico-burlesque d'une originalité folle.