
J'aime pas qu'on me plaigne. Je préfère rigoler. Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans : "Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça. J'ai une photo."
J'ai aussi deux soeurs, et une mère italienne... mais attention... interdit de parler de "lui" devant "elle"... Ça déclencherait une éruption volcanique. Car le volcan, il paraît, n'est pas encore éteint. Je crois que c'est un peu à cause de ma figure. La même que lui. Quand ils me voient rigoler, dans la famille, ils disent : "C'est son portrait craché." Et ma mère est à la fois triste et fière. Elle est fière parce que je suis blonde comme lui, alors qu'ils sont tous bruns. Mais moi je préférerais être comme eux. C'est pour ça, que je fais des conneries comme les mecs, pour leur ressembler, pour être plus italienne qu'eux. Des conneries d'artiste, comme dit mon parrain. Je suis sa préférée. Et lui aussi, c'est mon préféré.

Avec Gamines, la réalisatrice Éléonore Faucher, révélée par le film Brodeuses, fait état de son talent de conteuse et de metteur en scène en se penchant, toujours avec tendresse, sur l'enfance de trois soeurs hantées par le spectre d'un père inconnu. Adaptation virtuose du roman autobiographique de l'actrice et romancière Sylvie Testud, cette savoureuse chronique familiale est portée par l'interprétation sans faille de ses trois jeunes comédiennes soutenues par les acteurs confirmés que sont Jean-Pierre Martins, Amira Casar et Sylvie Testud. Sans s'embarrasser d'une mise en scène trop apprêtée, Eléonore Faucher parvient à nous plonger avec malice dans le quotidien de cette tribu italienne, nous en révélant toute la cohésion ou illustrant au contraire les souffrances de chacun. Un film à la fois tendre et drôle qui évite les clichés inhérents au genre avec une légèreté rafraichissante.